septembre 2008


ÉVÉNEMENT

SOIRÉE DÉBAT à AGEN

sur la RÉTENTION de SÛRETÉ

Jeudi 25 septembre 2008 à 21h00

au Centre Culturel, Rue Ledru-Rollin (47000)

autour du film de Thomas Lacoste

RÉTENTION DE SÛRETÉ : UNE PEINE INFINIE

En présence de : Thomas Lacoste (réalisateur), Emmanuelle PEREUX (Présidente du Syndicat de la Magustrature), Bruno Tournade (Psychologue), Dr Fabien Aubat (Psychiatre et chef de service au CHD La Candélie), Edouard Martial (Avocat).

Cette loi questionne, interroge… Elle met par exemple en avant un concept particulièrement boiteux et douteux, celui de la dangerosité.

Comment évaluer la dangerosité d’une personne ? La dangerosité ne se montre-t-elle pas et ne se prouve-t-elle pas que dans sa réalisation ? Comment prévoir les probabilités de récidive chez une personne ? Et dans le doute, que feriez-vous ?

LE FILM :

Huit intervenants, praticiens, militants et experts prennent ici la parole pour déconstruire méticuleusement ce populisme pénal, qui a dicté l’adoption de la loi sur la Rétention de sûreté par l’Etat français, et le populisme constitutionnel qui veut l’appliquer par-delà les principes supérieurs de notre droit.

Avec Jean Bérard, historien, membre l’OIP ; Jean-Pierre Boucher, juge de l’application des peines ; Christian Charrière-Bournazel, bâtonnier de Paris ; Sophie Desbruyères, secrétaire nationale du Snepap-FSU ; Claude-Olivier Doron, philosophe ; Véronique Mao, secrétaire nationale UGSP-CGT ; Emmanuelle Perreux, présidente du Syndicat de la magistrature et Daniel Zagury, psychiatre.

Voici le premier chapitre :

—> Vous pouvez visionner l’intégralité du film sur le site de l’Autre Campagne.

LA LOI :

Vous pouvez aussi consulter le contenu de la loi du 25 février 2008 relative à la rétention de sûreté et à la déclaration d’irresponsabilité pénale pour cause de trouble mental sur le site de Légifrance.

Et comme la loi est d’une simplicité déconcertante, je vous conseille une autre lecture, celle de Maître Eolas.

Elle est censée s’appliquer « à titre exceptionnel », mais on sait qu’en matière de justice, l’exceptionnel peut avoir une fréquence qui défie les lois des probabilités (par exemple, la détention provisoire est censée être exceptionnelle…). Bref, cette mention n’engage à rien et surtout ne protège en rien.

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INFORMATION

France Terre d’Asile a été créée en 1971 pour favoriser l’exercice au quotidien du droit d’asile, suivre avec vigilance l’évolution des dispositions légales et des pratiques administratives, participer activement à l’accueil des réfugiés et demandeurs d’asile, impulser une politique d’insertion sociale et professionnelle.

Nous pouvons trouver sur le site internet de l’association de nombreux textes législatifs ou le détail des démarches à entreprendre pour obtenir un titre de séjour ou pour faire une demande d’asile devant l’OFPRA.

L’association gère aussi, un peu partout en France, 29 Centres d’Accueil pour Demandeurs d’Asile (CADA). Ces derniers y sont hébergés et conseillés.

France Terre d’Asile diffuse aussi sa radio, Quasimodo, et propose une émission hebdomadaire d’environ 20 minutes consultable en ligne.

Au sommaire, chaque semaine, différentes courtes rubriques comme :

– Les actualités de la semaine,

– La question/réponse (explication précise concernant le droit d’asile – cette semaine par exemple : « Je suis réfugié en France, j’ai un permis de conduire obtenu dans mon pays d’origine, puis-je l’utiliser en France ? »),

– Un reportage (cette semaine, il porte sur la situation des Roms en Europe et sur les associations qui luttent à leurs côtés),

– Un entretien, une parole, un témoignage…

—> Écoutons l’émission de ce lundi :

RADIO QUASIMODO - émission du 15 septembre 2008

ÉVÉNEMENT

COLLOQUE INTERNATIONAL

TERRAINS D’ASILE « CORPS, ESPACES, POLITIQUES »

Les 18, 19 et 20 septembre 2008

à l’EHESS, 105 boulevard Raspail (75006)

Colloque organisé par le Programme ASILES

« Corps des vicitmes, espaces du sujet. Réfugiés, sinistrés et clandestins, de l’expérience au témoignage »

Présentation

Les déplacements de personnes et/ou de populations en situation précaire sur les plans physique ou juridique, économique ou social, constituent un fait majeur des sociétés contemporaines. Que ces déplacements soient contraints par des persécutions ou par des guerres, des catastrophes ou la misère, ils concernent plusieurs dizaines de millions d’individus dans le monde. Intégrant le clivage global entre Nord et Sud, l’exil se fait d’abord au sein même des pays d’Afrique, d’Asie, du Proche-Orient ou d’Amérique latine, puis entre les pays d’un même continent, enfin en se déplaçant vers un autre continent, et notamment vers l’Europe au sein de laquelle les parcours peuvent se poursuivre…

Réfugiés, déplacés, sinistrés, demandeurs d’asile, retenus, maintenus, tolérés, déboutés, refoulés, retournés, reconduits… à ces catégories institutionnelles de classement, d’identification et de gestion des personnes en déplacement, « en instance » ou mises à l’écart, sont associés trois grands registres de pratiques et représentations, qui formeront les trois thèmes majeurs du Colloque – les corps, les espaces et les politiques.

Les représentations du corps et de la personne seront examinées autour notamment des figures de la victime, de la souffrance, de la vulnérabilité. Lieu d’inscription des violences, le corps est aussi une ressource mobilisée devant les institutions. En devenant attestation de la violence, il permet une forme de reconnaissance, et il peut être le lieu d’une possible réparation. Plus généralement, on s’intéressera à la formation d’une conception de la personne au-delà des aires géoculturelles classiques, et dans les contextes durables que créent aujourd’hui les violences, les mises à l’écart et l’assistance humanitaire.

Les espaces de transit et de confinement feront l’objet d’un second ensemble de réflexions. Ces espaces sont soumis ponctuellement ou durablement à des interventions de contrôle et d’assistance. Gérés comme des espaces d’exception, lieux d’intervention humanitaire et/ou militaire, ils peuvent être aussi, dans la durée, le cadre de mises en œuvre de nouvelles formes d’urbanité, de dynamiques culturelles et politiques, de transformations sociales et identitaires.

Enfin, la question des politiques de contrôle, d’assistance et de mise à l’écart, sera examinée, notamment grâce à des études de cas dans les grandes organisations non gouvernementales et onusiennes, mais aussi des dispositifs mis en œuvre par les États. Nous nous proposons ainsi de comprendre les interactions entre, d’une part, des logiques de contrôle, voire de répression, d’autre part, des logiques d’assistance, souvent dans un cadre humanitaire. Nous nous intéresserons par exemple aux opérations de production de jugement sur le bien-fondé des demandes d’asile ou aux relations politiques entre agences onusiennes et gouvernements nationaux. Enfin, face aux stratégies institutionnelles, une égale attention sera portée à l’enquête sur les stratégies individuelles ou collectives de confrontation, négociation, polémique qui se développent sur les scènes politiques inédites provoquées par l’intervention humanitaire ou les mises à l’écart.

En plus de ces trois thèmes de réflexions, le Colloque Terrains d’Asiles développera une réflexion transversale et interdisciplinaire sur les conditions de réalisation des enquêtes sur ces terrains sensibles, souvent d’un accès difficile, sur la position du chercheur et notamment la proximité et la distance de ses analyses et de ses engagements vis-à-vis des experts, des agences onusiennes, militaires et humanitaires, des ayants droit et des associations de victimes.

—> Pour télécharger le programme des trois jours

—> ACTUALISATION DE CE BILLET :

LE 13 OCTOBRE : il est aujourd’hui possible de lire les communications de ce colloque.

QUOTIDIEN

Le Golfe d’Aden

Durant les 11 premiers mois de 2007, plus de 26000 personnes ont payé entre 50 et 150 dollars pour effectuer cette traversée. Au moins 1030 sont mortes ou portées disparues, soit presque le double du total pour l’année 2006.

Cette semaine, 26 personnes ont été retrouvées mortes et 20 autres sont toujours introuvables.

Pour essayer de mesurer un peu l’ampleur de ce qui se passe dans ce Golfe et au Yémen, voici un extrait du dossier ASILE ET MIGRATION de l’Agence des Nations Unies pour les Réfugiés (UNHCR). Je vous invite bien évidemment à lire l’intégralité.

Golfe d’Aden : Péril en mer

Chaque année, des milliers de personnes venues de toute la région de la Corne de l’Afrique – principalement des Somaliens et des Éthiopiens – quittent leurs maisons, poussées par la peur ou par pur désespoir, en quête de sécurité ou d’une vie meilleure. Ces populations empruntent des routes dangereuses en Somalie pour se rendre à Bossasso, une ville de la région semi-autonome du Puntland.

Dans cette zone de non-droit où des réseaux de passeurs règnent en maîtres, des civils innocents et désespérés payent jusqu’à 150 dollars pour effectuer la traversée périlleuse du golfe d’Aden.

Certains restent des semaines dans des maisons ou des abris temporaires à Bossasso avant de pouvoir partir, soudainement au milieu d’une nuit, entassés dans de petites embarcations de fortune. En mer, tout peut se passer, ils sont à la merci des passeurs. Certains sont battus, poignardés, tués ou jetés par-dessus bord. D’autres se noient avant d’arriver sur les plages du Yémen, qui sont devenues des cimetières de fortune pour certains de ceux qui sont morts en route.

L’UNHCR propose également un reportage photo :

—> Pour consulter les différents dossiers ASILE ET MIGRATION de l’UNHCR.

—> ACTUALISATION DE CE BILLET :

LE 10 OCTOBRE 2008 :Nouvelle tragédie dans le Golfe d’Aden

ÉVÉNEMENT

Le IIIème Forum social mondial des migrations convoque une manifestation à Madrid

Des militants d’organisations sociales de plus de 90 pays uniront leurs voix à celles des citoyens et citoyennes de tout l’État pour protester, dans les rues de Madrid, contre la construction de murs physiques, juridiques et sociaux qui empêchent la libre circulation des personnes.

Plusieurs thèmes seront abordés lors de ce forum :

1) La mondialisation et les migrations,

2) Les sociétés d’origine et des solutions de remplacement pour le développement,

3) Les frontières et les droits de l’homme,

4) Les sociétés d’accueil et la situation des migrants,

5) L’asile, le refuge et le déplacement.

—> Voici le programme à télécharger.

RAPPORT

Le 10 septembre est la journée mondiale de prévention du suicide. Nous l’avons déjà signalé dans un précédent billet : en prison, le taux de suicide est environ 7 fois plus élevé que dans la société du dehors.

N’est-ce pas à mettre en relation avec la violence de l’incarcération, la détention avant jugement, les conditions déplorables de détention, etc. ?

Arrêtons-nous sur une étude qui vient de s’achever sous la direction d’Evry Archer, chef de service du Service Médico-Psychologique Régional de Lille-Loos-Sequedin, sur l’évaluation de la souffrance psychique liée à la détention.

Cette étude a été réalisée à la Maison d’arrêt de Lille (sur le site de Loos et sur celui de Sequedin). La souffrance psychique est d’ailleurs très variable d’un lieu de détention à un autre (voir le rapport, pages 58 et suivantes). Ces recherches ont été menées durant 2 années (de janvier 2006 à mars 2008) sur un échantillon de 309 hommes majeurs qui refusent le motif de l’incarcération (ce qui correspond à 9,6% de la totalité des personnes vues par le SMPR à l’arrivée en détention).

Cette étude a été conduite pour déterminer les indices de souffrances psychique liée à la détention et à leur évolution durant la détention, par exemple pendant et après le « choc carcéral » (estimé à 20 jours).

Si le rapport conclut en affirmant la difficulté de conclure, nous pouvons donner quelques traits généraux.

Il est intéressant par exemple de noter que si l’intensité de la souffrance des personnes diminue au fur et à mesure de l’incarcération (pages 109 et suivantes), elle n’est pas en relation évidente avec le motif de l’incarcération (pages 131 et suivantes). En revanche, elle est directement liée à l’intensité de souffrance de l’entourage (pages 119 et suivantes).

Pour vous donner envie de lire plus en détail le rapport, voici reproduit ci-dessous un extrait sur « les facteurs atténuants et aggravants » de la souffrance psychique liée à la détention.

1. Conditions matérielles de détention

a. Facteurs atténuants

i . la douche dans la cellule

ii. les toilettes séparées

b. Facteurs aggravants

i . l’insalubrité

ii. l’enfermement 22 heures sur 24

iii. l’inactivité

iv. le bruit

v. le manque d’hygiène

2. Conditions « humaines de détention »

a. Facteurs atténuants

i . le rôle social dans la prison

ii. plus de liberté à Loos qu’à Sequedin

iii. aider les autres

iv. l’écoute par les soignants

v. la bonne entente avec le codétenu de cellule

vi . les promenades

vii. les rapports avec les surveillants

b. Facteurs aggravants

i . le manque de soutien social

ii. la perception négative du fonctionnement pénitentiaire

iii. le fait de ne pas vouloir être en contact avec les autres détenus

iv. la relation dominant/dominé-surveillant/détenu abusive

v. le sentiment d’indignité, d’humiliation

vi . les promenades qui peuvent être traumatisantes

vii. la confrontation quotidienne au monde de la délinquance

viii. la mauvaise entente avec le codétenu

ix. le racket

x. le regard péjoratif des détenus par rapport au motif de l’incarcération

3. Liens avec l’entourage extérieur

a. Facteurs atténuants

i . les courriers, les photos

ii. le support social ; familial, amical

iii. les parloirs

b. Facteurs aggravants

i . pas de nouvelles de l’extérieur

ii. le manque de soutien social

iii. ne pas pouvoir voir ses enfants

iv. la situation économique et sociale de l’entourage

v. le blocage des parloirs, du courrier par le juge

vi . la couverture médiatique

vii. l’idée de voir sa famille au parloir, dans les murs d’une prison

viii. la difficulté à expliquer la situation aux enfants

4. Activités

a. Facteurs atténuants

i . l’école

ii. l’atelier lecture quand celui là est accessible

iii. le sport, les activités

iv. les promenades

b. Facteurs aggravants

i . le manque d’accessibilité aux activités, au sport et la différence de traitement selon les détenus

5. Situation et évolution de l’affaire en justice

a. Facteurs atténuants

i . quand la justice commence à croire la version du sujet

ii. la date de sortie définie

b. Facteurs aggravants

i . la pression de la justice sur la famille

ii. pas de nouvelles de l’avocat, de la justice

iii. l’impression d’être oublié de la société

iv. la lenteur de la justice

v. le refus de permission

vi . le manque d’information de la justice, de l’administration pénitentiaire

vii. l’appel

viii. l’impossibilité d’être transféré en maison d’arrêt

ix. l’attente par rapport à la date de sortie

x. le blocage des parloirs, du courrier par le juge

xi . la couverture médiatique

6. Capacité /Difficulté à mobiliser des ressources personnelles

a. Facteurs atténuants

i . l’écriture

ii. l’évitement grâce aux pensées

iii. la religion

b. Facteurs aggravants

i . le fait de ne pas pouvoir assurer son rôle social (être parent, être

salarié, être un mari…)

ii. la culpabilité par rapport à la famille

iii. le changement de rythme par rapport à la vie à l’extérieur

iv. l’anticipation anxieuse de porter l’étiquette de « détenu » pour se réinsérer dans la société

v. le sentiment d’inutilité

7. Peur de la perte d’intégrité physique et psychique

a. Facteurs atténuants

i . le suivi effectif médico-psycho-social

b. Facteurs aggravants

i . la crainte pour la santé, la maladie

ii. la souffrance voire la mort d’un codétenu

iii. l’angoisse de l’inconnu chez le primo- incarcéré

iv. l’anticipation négative chez le re-écroué

v. l’impossibilité de se projeter dans l’avenir

vi . la douleur physique

vii. l’attente d’un suivi médico-psycho-social

Si cette étude semble parfois mettre en évidence des scandales dénoncés depuis bien longtemps, elle a à mon sens un indéniable mérite : celui de s’attacher non plus seulement aux conditions matérielles de détention mais aussi au ressenti des détenus. De même, il ne s’agit pas ici de traiter des troubles psychologiques des entrants en prison mais bien de la souffrance psychique que provoquent l’incarcération et la détention.

—> Pour télécharger l’intégralité de ce rapport ou la synthèse.

RAPPORT

Il y a quelques jours, j’ai signalé dans ma veille (revue de presse, rapports ou autres études effectuée grâce à google reader) la parution de ce rapport de la Coordination Française pour le Droit d’Asile (CFDA) concernant la situation des exilés sur le littoral de la Manche et de la mer du Nord. Ce rapport fait suite à une mission d’enquête menée de mai à juillet 2008.

Si l’information a été largement diffusée par des associations sur internet, je suis convaincue de l’utilité d’une diffusion supplémentaire.

Voici donc le POURQUOI de cette enquête, présenté par la CFDA au début de ce rapport (les mises en gras sont de moi) :

Problématique

Contrairement à l’annonce de Nicolas Sarkozy, lorsqu’il était ministre de l’Intérieur, la fermeture du camp de Sangatte et sa destruction en décembre 2002 sont loin d’avoir réglé le problème des exilés(1) en transit pour l’Angleterre(2). La ville de Calais continue en effet de voir arriver chaque jour des exilés qui cherchent un refuge en remontant toujours un peu plus vers le nord après un passage par d’autres États européens. En outre, Calais n’est plus la seule escale du Nord-Ouest de la France : des exilés sont aujourd’hui présents dans les différents ports assurant des liaisons maritimes, ainsi qu’à proximité de diverses stations-service ou aires d’autoroutes fréquentées par les camions qui se rendent en l’Angleterre.

La multiplication des campements informels sur l’ensemble des régions littorales de la Manche et de la Mer du Nord constitue l’une des principales conséquences de la fermeture du camp de Sangatte et du durcissement des contrôles migratoires qui l’ont suivie. Les exilés qui y vivent sont confrontés à différentes formes de mise à l’écart, à des conditions matérielles déplorables et à des contrôles répétés par les forces de police. Cette dispersion rend le phénomène moins visible, ce qui a permis aux pouvoirs publics de laisser croire que ces étrangers avaient peu ou prou disparu et que la question était pour l’essentiel réglée. Ainsi, l’État français affirme, contre toute évidence, que le problème est beaucoup moins important depuis la fermeture du camp de Sangatte. Or, tant que l’existence des exilés restera niée ou masquée, les responsables politiques continueront à se dispenser d’identifier les causes de leur venue, de leur errance, de leur précarité et de s’exonérer de toute recherche de solution.

L’invisibilité des exilés a plusieurs effets regrettables. D’abord, elle relègue à une indigence à durée indéterminée des milliers de femmes et d’hommes – jeunes pour la plupart – qui sont ainsi confinés dans une impasse. La négation de leur existence globale conduit les pouvoirs publics à ne pas les protéger, à ne pas les prendre en charge alors que des lois nationales et des conventions internationales leur garantissent des droits. Enfin, elle a pour conséquence politique d’empêcher tout bilan relatif aux effets d’une réglementation européenne qui crée l’errance sans fin de milliers d’êtres humains. Elle exonère les États européens d’avoir à s’interroger sur la pertinence de cette réglementation et sur l’opportunité de la réformer.

C’est dans ce contexte de cécité institutionnelle que la Coordination française pour le droit d’asile (CFDA) a décidé de mener cette étude. Parce que les pouvoirs publics font semblant de ne rien voir, il est apparu impératif à la CFDA de pointer du doigt, pour la sortir de son invisibilité, une situation qui dure depuis 6 ans déjà – pour ne remonter qu’à la fermeture du camp de Sangatte. La parution de ce rapport intervient à un moment où la France préside l’Union européenne et cumule une double responsabilité qui devrait lui permettre de poser et régler enfin un problème français et européen.

notes :

(1) [Dans le cadre de cette étude, nous avons fait le choix d’utiliser le terme d’« exilés » et non de « migrants » ou « réfugiés » (terme souvent employé dans la plupart des villes du littoral) pour désigner ces hommes et ces femmes à la recherche d’une protection à travers l’Europe. En effet, ce terme nous paraît avoir l’avantage de prendre simplement acte de leur déplacement hors de chez eux.]

(2) [En novembre 2002, le ministère de l’Intérieur avait annoncé que le problème des migrants était réglé avec la fermeture du camp.]

Voici maintenant deux extraits choisis (les mises en gras sont toujours de moi) :

Le premier concerne la législation :

Les outils des politiques d’asile et d’immigration, tels le code Schengen et le règlement Dublin II, soulignent une position extrêmement sécuritaire des Etats européens face aux migrations internationales.

Le code Schengen qui est entrée en vigueur le 13 octobre 2006 vise à renforcer le volet législatif de la politique des contrôles frontaliers, en précisant notamment les règles relatives au franchissement des frontières extérieures de cet espace (documents de voyage nécessaires, visas, ne pas être signalés aux fins de non-admission dans le SIS).

Le règlement du Conseil européen du 18 février 2003 (dit « Dublin II ») détermine l’État membre qui est responsable d’une demande d’asile présentée dans l’un des Etats de l’Union européenne par un ressortissant d’un pays tiers(1). Il est facilité par l’entrée en vigueur en janvier 2003 du dispositif Eurodac qui enregistre les empreintes digitales des requérants. Ainsi un État membre est responsable de l’examen de la demande d’asile d’une personne si, par exemple, elle a été contrôlée (avec prise d’empreintes) au moment du franchissement d’une frontière, ou si celle-ci a séjourné sur son territoire « pendant une période continue d’au moins 5 mois avant l’introduction de sa demande d’asile »(2). L’existence du camp de Sangatte (1999-2002) n’est pas étrangère à l’établissement de cette disposition. Les étrangers interpellés en Angleterre et ayant transité par la région de Calais ont pu rester plusieurs mois en France – période au cours de laquelle quelques-uns ont pu être contrôlés par la police française laissant ainsi une trace de leur passage, une trace qui, une fois en Angleterre, pourra justifier leur renvoi en France.

Mais tous ces dispositifs de surveillance issus de diverses conventions internationales ne peuvent aboutir à un contrôle total des flux que les autorités cherchent à appréhender ; ils engendrent par ailleurs, notamment depuis la fermeture du camp de Sangatte en 2002, une importante dispersion de migrants en situation d’errance sur l’ensemble du littoral et à l’intérieur du territoire (tels les regroupements informels autour des gares du Nord et de l’Est à Paris et les différents campements à Loon-Plage, Grande-Synthe ou Cherbourg).

notes :

(1) Il remplace la Convention de Dublin entrée en vigueur le 1er septembre 1997 qui avait des dispositions qui s’apparentaient en partie à celles du règlement du Conseil du 18 février 2003.

(2) Article 10 du règlement (CE) n° 343/2003 du Conseil du 18 février 2003. Auparavant la Convention de
Dublin précisait une période de 6 mois.

Le second raconte le quotidien :

Sur l’ensemble du littoral de la Manche, de Roscoff dans le Finistère et jusqu’en Belgique, les migrants en errance sont confrontés à des situations inhumaines. Ils vivent la plupart du temps dans des camps informels, au mieux une nuit chez des compatriotes et, pour certains, plusieurs semaines dans un centre de rétention. À Calais ou à Cherbourg, il est très rare que les établissements d’accueil d’urgence reçoivent des exilés(1) alors que l’accès à ces structures n’est soumis à aucune condition de régularité du séjour et doit être accordé au regard d’une situation de détresse.

Un Soudanais rencontré à Calais le 20 juin 2008 raconte comment un ami lui a fait découvrir l’endroit où il pourrait dormir : « Jamais je n’aurai imaginé vivre dans un tel lieu ; j’imaginais un hôtel ou quelque chose comme cela [il montre un hôtel] ; mais quand j’ai vu ce hangar complètement délabré, je n’en croyais pas mes yeux. J’ai passé plusieurs nuits à ne pas fermer l’œil ; j’avais l’impression d’être tombé très bas, un endroit où tu ne peux pas te relever« .

À Calais, une partie des exilés(2) vivent dans une ancienne scierie désaffectée située à quelques centaines de
mètres de la gare SNCF. Dans ce lieu composé de plusieurs bâtiments délabrés, les sols des premières habitations sont jonchés de matelas, couvertures et autres détritus ; il est difficile d’imaginer que des hommes n’ont d’autre choix que dormir ici. Dans la maison suivante, la salle du rez-de-chaussée fait office de toilette…
Enfin, dans le hangar, des matelas sont disposés le long des murs où des hommes sont allongés. À l’autre bout du bâtiment, deux tentes sont disposées pour les femmes et des familles avec des enfants en bas âge. Quelques feux crépitent au milieu de cet immense espace ; l’un servant à faire chauffer de l’eau qu’un homme va emmener dans un récipient dans une salle adjacente pour la toilette de son épouse, l’autre pour offrir un thé ou un café aux hôtes que nous sommes. Le point d’eau le plus proche est situé sur le chantier voisin ; les exilés prennent souvent leur repas aux « soupes populaires« , soit le midi à la cabine située sur la quai de Moselle, soit le soir à l’abri de l’hangar Paul Delvos non loin des terminaux portuaires. « Ce que les entraves à la liberté de circulation des persécutés ne parviennent pas à réussir autant qu’on le voudrait, la misère matérielle l’accomplit » [Violène Carrère, Plein Droit, n°58, 2003]. Plusieurs personnes se plaignent des descentes policières quasi quotidiennes qui ont souvent lieu le matin et en fin d’après-midi. Des étrangers, dont certains proviennent de pays où les retours sont impossibles à organiser, sont arrêtés et emmenés par les CRS au commissariat de Coquelles où ils resteront quelques heures et depuis lequel ils devront revenir à pied, soit une marche de 4 à 5 kilomètres. Des exilés sont régulièrement aspergés de gaz lacrymogènes ; l’infirmière de la Permanence d’accès aux soins de santé (PASS) souligne la situation d’un asthmatique victime de ces violences policières, violences qui peuvent entraîner la mort chez ce type de malades.

notes :

(1) À Cherbourg, le CHRS Le Cap accueille très peu, voire quasiment pas, de personnes étrangères en situation de transit. Lors d’une communication téléphonique (23/05/2008), le directeur dit qu’il a accueilli deux personnes depuis l’automne 2007. Le squat où vivent et dorment les migrants en transit sur Cherbourg, est à coté du CHRS. Un rapport sur la structure du dispositif des hébergements d’urgence dans le Pas-de-Calais intitulé Schéma, accueil, hébergement, insertion du Pas-de-Calais 2007-2012 souligne que « les dispositifs peuvent être rapidement saturés par l’arrivée groupée, sinon en nombre conséquent, de personnes étrangères. La volonté d’éloigner du département les « clandestins de Calais » relève d’une politique globale cyniquement la bienvenue car le Pas-de-Calais ne peut les assumer qu’à la marge ». p.71 (consulté le 2 août 2008)

(2) Dans ce bâtiment, la plupart des ressortissants sont issus de pays d’Afrique de l’Est (Érythrée, Éthiopie, Soudan).

Ces deux réalités ne peuvent être séparées. La première engendre la seconde.

La situation de ces exilés met en évidence la politique sécuritaire française et européenne à l’encontre des migrants. Les législations de plus en plus répressives engendrent de fait des situations de clandestinité, de souffrance et de pauvreté.

L’aménagement de cette frontière européenne est probablement le dispositif le plus accompli dans le domaine de la politique d’externalisation des contrôles migratoires, mis en place par des Etats européens (page 170 du rapport).

—> Pour télécharger l’intégralité du rapport : La loi des « jungles ».

La « jungle » est le terme donné par ces exilés pour désigner leurs « campements informels » dans les bois.

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