avril 2011


RAPPORT


RAPPORT 2010 DE LA COMMISSION NATIONALE CONSULTATIVE DES DROITS DE L’HOMME :

PERCEPTION DU RACISME, DE L’ANTISÉMITISME ET DE LA XÉNOPHOBIE



A l’occasion de son rapport consacré à l’année 2009, la CNCDH soulignait qu’à l’inverse de conceptions largement partagées, les préjugés racistes diminuaient. Pourtant, l’analyse des résultats des enquêtes réalisées pour le rapport 2010 laisse craindre que ce mouvement soit interrompu. Il semble en effet que, pour la première fois depuis plusieurs années, nous constations une augmentation de l’intolérance.

Il est impossible d’en tirer pour l’instant des conclusions définitives. En effet, seuls les résultats de l’année prochaine (et des années à venir) permettront d’affirmer avec certitude que cette augmentation est conjoncturelle ou interrompt de manière durable le mouvement d’ouverture de la société française vers l’autre.

Les résultats du sondage 2010 appellent toutefois à renforcer notre vigilance, plusieurs éléments doivent être soulignés :

* Augmentation de la méfiance à l’égard des musulmans, comme l’année dernière, mais de manière plus marquée

– 48% des personnes interrogées estiment que les musulmans forment un groupe à part dans la société (+4 points par rapport à 2009)

– 74% des personnes interrogées pensent que les Français musulmans sont des Français comme les autres, (- 5 points par rapport à 2009)

– 68% des personnes interrogées pensent que le port du voile peut poser problème pour vivre en société

* Rejet croissant des étrangers, perçus de plus en plus comme des parasites, voire comme une menace

– 56% des personnes interrogées estiment qu’il y a trop d’immigrés en France (+9 points par rapport à 2009)

– et parmi eux, 61% estiment que cela rend plus difficile la situation des personnes comme eux qui vivent en France

– 67% des personnes interrogées estiment que de nombreux immigrés viennent en France uniquement pour profiter de la protection sociale

* Constat d’échec de l’intégration et remise en cause de la possibilité d’un « vivre ensemble » dans la société française

– 59% des personnes interrogées pensent que l’intégration des personnes d’origine étrangère fonctionne mal, voire très mal (14%)

Ces constats sont d’autant plus inquiétants qu’ils s’inscrivent dans un contexte plus général de perception globalement négative de la société française : préoccupations économiques et sécuritaires fortes, vision très segmentée de la société. Par ailleurs, on assiste à une dangereuse banalisation des propos racistes. Internet contribue grandement à cette banalisation. Mais elle s’alimente également de l’instrumentalisation dans le discours politique de certaines thématiques (identité nationale, immigration, religion-laïcité), ainsi que de certains dérapages et des polémiques qui ont suivi.

La CNCDH souligne cependant que ces tendances constatées doivent être prises avec précaution. En effet, le système statistique permettant de recenser les actes et menaces à caractère raciste reste encore insatisfaisant. La CNCDH encourage le Gouvernement à poursuivre les efforts déjà entrepris en améliorant les dispositifs statistiques existants.


—> Lire le rapport.

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PUBLICATION


BIOPOLITIQUE ET GOUVERNEMENT DES POPULATIONS

 

 

Dans Surveiller et punir, Michel Foucault construit, au delà d’une histoire de la naissance de la prison, une généalogie du pouvoir disciplinaire. À la fin du livre, Foucault nous dit que quelque chose est en train de changer. Serait-ce donc déjà « La crise de la société disciplinaire » qu’il annonce ici ? [DE III n°231 : « La société disciplinaire en crise », page 533]

Il est possible au regard des différentes lectures foucaldiennes de décrypter cette transformation du présent par l’analyse de dispositifs de sécurité qui ne cessent de se mette en place, davantage chaque jour. Foucault, dans une « lettre à quelques leaders de la gauche » ressent le danger de ces mécanismes de sécurité qui s’installent dans la société française des années 1970 : « Nous risquons d’entrer dans un régime où la sécurité et la peur vont se défier et se relancer l’une l’autre ». La politique sécuritaire luttant contre l’insécurité alimente la peur qui entretient à son tour le besoin toujours plus grand de sécurité. [DE III n°214 : « Lettre à quelques leaders de la gauche », page 390]

Foucault ne parlait pas, stricto sensu, de sociétés de contrôle mais pour satisfaire ce « pacte de sécurité », des contrôles toujours plus fins se mettent en place et se structurent. La « sécurité » légitime la multiplication des contrôles. L’actualité sécuritaire transforme le présent disciplinaire de Foucault . Devons-nous comprendre cette mutation, ce passage, comme une biopolitisation de la société ?

Il est en tout cas surprenant de voir comment Foucault déplace sa problématique du disciplinaire au biopouvoir et à la biopolitique après 1975 [Même si le terme de biopouvoir apparaît pour la première fois en 1974, sa réflexion ne prend véritablement forme qu’à partir de 1976].

 

Cette volonté de comprendre et de débattre autour de cette problématique avait motivé David Risse et moi-même à organiser une rencontre avec des chercheurs de formation et de conviction différentes. Ce fut une réussite, un moment riche de réflexion. Les Actes doivent être prochainement publiés. Nous avions  également décidé suite à ce colloque de proposer un dossier à la revue Cultures et Conflits afin de permettre à certains auteurs de prolonger ou de préciser leur argumentaire défendu lors de leur intervention orale à Ottawa.

Ce dossier vient d’être publié. En voici la 4ème de couverture :

 

Dans le domaine des relations internationales, les références aux travaux de Michel Foucault ont été exponentielles ces vingt dernières années. Les interrogations les plus récentes ont souvent porté sur les notions de gouvernementalité et de biopolitique – parfois mal comprises, lorsqu’elles ne sont pas tout simplement confondues par les auteurs. C’est cette discussion que nous avons voulu alimenter avec cette nouvelle livraison de Cultures & Conflits, qui présente un dossier consacré aux usages variés de la « biopolitique ». La démarche de ce dossier n’est pas exégétique. Elle vise à décliner, sans nulle prétention à l’exhaustivité, les usages possibles de la biopolitique foucaldienne et à analyser son statut vis-à-vis de notions connexes comme la souveraineté ou la discipline. Au-delà, plusieurs des contributions réunies ici ont une ambition théorique plus générale. Ce numéro s’ouvre avec la traduction en français d’un texte de Michael Dillon, l’un des premiers auteurs anglophones à avoir utilisé Foucault dans le champ des relations internationales. Luca Paltrinieri, Paul Le Bas, Alexandre MacMillan (auxquels il faut ajouter Olivier Razac à qui est consacrée la « chronique bibliographique » de ce numéro) donnent ensuite des exemples des applications hétérogènes dont le terme de biopolitique fait l’objet. En s’inscrivant dans le cadre plus large des discussions portant sur les transformations contemporaines de l’exercice du pouvoir, ce dossier entend prolonger un certain nombre de réflexions initiées depuis une dizaine d’années dans la revue au sujet des formes contemporaines de l’exception politique, des technologies de contrôle et de surveillance des individus ou des pratiques de marquage et de mise à l’écart de certaines catégories de population. Dans les mois à venir, Cultures & Conflits proposera d’ailleurs d’autres pièces à verser au dossier des relations entre Foucault et la sociologie politique de l’international .

 

 

 

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