PUBLICATION

 

 

SANS PAPIERS ET PRÉFETS,

LA CULTURE DU RÉSULTAT EN PORTRAITS

 

 

La politique d’immigration, comme toute politique, vise à dépasser les situations particulières au moyen d’une règle générale. La culture du résultat, aujourd’hui mise en avant pour justifier sa rationalité, redouble ce passage en abstraction : la politique du chiffre que revendique Nicolas Sarkozy, et que mettent en œuvre ses ministres successifs, se donne en effet des quotas d’expulsions définis a priori, indépendamment des réalités humaines dont elle traite. Sans doute nos gouvernants prétendent-ils humaniser leur politique en plaçant la logique du chiffre, non sans contradiction, sous le signe du « cas par cas » : ainsi, l’évaluation des situations est laissée à la discrétion des préfets.

Si une telle individualisation ne fait que renforcer un sentiment d’arbitraire, et si les sans-papiers restent broyés dans la machine administrative, cette politique n’en a pas moins un visage, ou plutôt deux, en miroir : le cas par cas renvoie face à face des figures singulières de préfets et de sans‑papiers. Alors que l’État réduit les immigrés à un problème, ce livre s’attache à donner chair à des « cas » en restituant leurs histoires propres. Pour autant, la bureaucratie n’est pas qu’une froide abstraction ; les préfets lui donnent leur visage, et leur nom. Sans doute les portraits de ces hauts fonctionnaires sont-ils moins divers que ceux des sans-papiers ; mais ils ne peuvent s’effacer derrière la logique d’État : le « cas par cas » interdit de les voir comme de simples exécutants.

Aux sans-papiers, objets d’une mécanique politique, cet ouvrage rend donc leur qualité de sujets. Aux préfets, qui sont au premier chef les acteurs de cette politique, il rappelle aussi leur responsabilité personnelle devant l’histoire.

Table des matières
  • La politique du chiffre au cas par cas Omnes et singulatim
  • Émilie Adam-Vezina / Aïcha / Adilson De Almeida / Reza B. / Christophe Bay / Michel Bergue / Grâce Beugre / Laref Boualem / Fabienne Buccio / Roseline Cadeau / Michel Camux / Jean‑François Carenco / Jocelyne D. / Moussa D. / Christian Decharrière / Abdoul Diaw / Adodo Djondo / Famille Dos Santos Muniz / N’Faly Doucouré / Ibrahima Dramé / Martha Galarraga / Philippe Galli / Ounoussou Guissé / Famille H. / Kabil / Adama Kane / Tiéni Kanouté / Sadio Konté / Famille Kosso / Christian Lambert / Francis Lamy / Van Hong Le / Éric Le Douaron / Najlae Lhimer / Lionel & Kasem / Lephtana Michaud / Gérard Moisselin / Pierre Monzani / Taha-Lamine Ould-Rouis / Soloarinjiva Ravoson / Fousseni Sacko / Saïd / Wahid Salarzai / Idriss Saleh / Dominique Schmitt / Smaïl & Yohann / Patrick Stefanin / Adil & Asinet Tamoev / Tsaï / Ardi Vrenezi / Abdul Wali / Joumana Y / Roselyne Yoro / Zaher
  • remerciements & crédits photos

Disponible en librairie. 160 pages. 12€. ISBN : 978-2-7071-7330-0

—> Ont réalisé cet ouvrage : Aurélie Windels, Marion Rousset, Judith Soussan, Philippe Mangeot, Sabrina Kassa, Éric Fassin, Christophe Le Drean, Vincent Berthe, Anne‑Isabelle Barthélémy, Carolina Boe, Virginie Gazon, Catherine Benoit, Julie Chansel, Valentin Hecker, Emmanuelle Cosse, Michel Feher, Caroline Izambert & Michael Neuman.

—> À propos de cette France-là : Depuis 2007, le collectif cette France‑là mène une contre‑expertise de la politique d’immigration.
Il a publié cette France-là, volume 1 (2009), cette France‑là, volume 2 (2010), un rapport d’audit conçu avec des élus de la nation (2011) et Xénophobie d’en haut, le choix d’une droite éhontée (mars 2012).

ÉVÉNEMENT


CONCERT « ROCK SANS PAPIERS »

SAMEDI 18 SEPTEMBRE 2010

PARIS / BERCY


Nous, auprès des artistes, musiciens, comédiens, réalisateurs, écrivains, plasticiens, professionnels de la musique, du spectacle, du cinéma, de l’information, de la culture, des scientifiques et universitaires, des personnalités associatives, syndicales et politiques, avec la majorité des citoyens français, nous déclarons solidaires des milliers de sans-papiers qui grandissent, étudient, et vivent à nos côtés dans notre pays.

  • Nous refusons que des enfants, souvent nés et scolarisés en France, soient expulsés avec leurs parents vers des pays qu’ils ne connaissent pas ou plus et dont certains ne parlent même pas la langue.
  • Nous refusons que des parents soient arrêtés, menottés, rudoyés, humiliés et enfermés dans des Centres de Rétention Administrative sous les yeux de leurs enfants.
  • Nous refusons que des familles parce qu’elles n’ont pas de papiers soient séparées, le père brutalement expulsé à des milliers de kilomètres tandis que la mère et les enfants restent ici, souvent dans la misère et traumatisés à vie.
  • Nous refusons que des travailleurs, qui bien souvent exercent leur métier dans des conditions pénibles, car sans droit, dont la plupart cotisent (retraites, maladie, chômage…) et paient des impôts en France vivent en permanence dans la peur et la clandestinité.
  • Nous refusons les lois Besson sur l’immigration qui bafouent le droit d’asile français et font honte au pays des Droits de l’Homme.

Comme certains l’ont fait en d’autres périodes de l’histoire, en accord avec les principes du droit international qui protègent les migrants, en accord avec les droits de l’homme et de l’enfant, comme avec les valeurs universelles de fraternité, d’égalité, de liberté et d’accueil de notre République, nous appelons à résister à ces pratiques indignes et inhumaines.

—> Liste des associations solidaires.

QUOTIDIEN

RÉCIT D’UNE EXPULSION, CELLE D’HASSAN EL BOUYAHYAOUI

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Fonctionnaire de la Police Aux Frontières

Voici le récit d’une expulsion en France : ordinaire, trop ordinaire.

Pour saisir l’importance et la fréquence en France de telles expulsions, vous pouvez vous rendre sur le site de RESF ou vous abonner à leur fil RSS ou leur lettre d’information.

Né en octobre 1987, de nationalité Marocaine, Hassan El Bouyahyaoui est arrivé en France en juin 2003 sur inscription au passeport de son père. Depuis la séparation de ses parents – Hassan avait une dizaine d’années- il n’a jamais revu sa mère, ni ses 2 frères et sœurs.

Scolarisé de 2003 à juillet 2007, dont les deux dernières années au centre de formation d’apprentissage professionnel Henri Martin à Lézignan (Corbières), son père, résidant en France depuis 1974, est aujourd’hui invalide à 80%. Son frère aîné, qui a eu exactement le même parcours que Hassan, est, lui, en situation régulière.

Comment Hassan El Bouyahyaoui est-il arrivé à une situation …d’expulsion ? «A 18 ans, j’ai fait une demande de titre de séjour et j’ai obtenu une prolongation de 6 mois du fait de mon inscription en CAP mécanique en alternance, en fonction d’un accord qui existait alors avec le Rectorat, mais dénoncé depuis par la préfecture», précise-t-il.

Suite à son échec aux épreuves théoriques du CAP en juillet 2007, sa demande de renouvellement de titre de séjour a été rejetée le 29/11/07. Un rejet confirmé le 27/03/08. Entre temps, Hassan avait retrouvé, grâce à l’association Passerelles, une nouvelle formation en mécanique par alternance. Ce qui a motivé sa nouvelle demande de titre de séjour.

Contrôlé par les autorités compétentes, le 18 février 2009, il a été placé au centre de rétention de Sète et il a été libéré le 20 février 2009 par décision du juge.

Hassan Bouyahyoui déposait alors un nouveau dossier de demande de réexamen de sa situation, le 9 mars 2009. Mais, contrôlé à nouveau le 10 mars, il est expulsé par bateau de Sète vers Tanger, le soir même. Personne n’était là pour l’accueillir au Maroc, un pays qu’il n’a pas revu depuis 6 ans.

Depuis, Hassan est retourné à Oujda, où il vit dans une petite chambre près de son grand-père, très âgé, sourd et aveugle, qui n’a pas pu l’accueillir. Parti à la recherche d’une autre grand-mère, il a appris qu’elle était décédée. Un cousin l’a hébergé quelques jours à Taza, puis l’a «invité» à quitter le lieu et «à se débrouiller».

Depuis, Hassan est hébergé ici et là. Il n’a plus d’argent et ne trouve aucun boulot. Très perturbé par l’expulsion, il s’est fait renverser par une voiture quelques jours après son arrivée et il s’est fracturé la cheville.

«Nous avons mis Hassan en contact avec des personnes du RESF Maroc, qui essaient de répondre à ses appels au secours. Il cherche une place en foyer et du travail. Sans résultat à ce jour. Hassan se bat pour essayer de survivre dans ce pays qu’il ne connaît plus. Il est d’autant plus désespéré que les nouvelles de sa famille à Montpellier ne sont pas bonnes. Son père, malade, supporte mal la séparation avec son fils qui s’occupait de lui avec beaucoup d’amour et de respect. Sa santé se dégrade», indique Hicham Barakat, acteur associatif à Oujda.

«Mon seul rêve est de pouvoir travailler et vivre enfin avec mon père et mon frère. Nous venions tout juste de trouver un petit appartement pour vivre ensemble, après des années de galère. Quand l’expulsion est venue tout casser !» déclare Hassan El Bouyahyoui.

En France plusieurs associations essayent de venir en aide à Hassan et exige son retour en France. On compte parmi elles le Comité de soutien de Hassan, RESF 34, la Cimade …

Rachid Hallaouy
Copyright Yabiladi.com

RESF développe une campagne publique d’information et de sensibilisation sur la question des jeunes majeurs sans papiers et des lois qui les fabriquent.

Cette campagne se déroulera sous plusieurs formes dont des affiches.

Alexandra et Verlain débutent la série des affiches.

D’autres visages viendront par la suite….

—> Il est aujourd’hui possible de lire de nombreux témoignages :

– dans ce livre publié par La Cimade et les Éditions Syros : Paroles clandestines. Les étrangers en situation irrégulière en France (2008).

– sur le site de Cette France-là.

– etc.