SÉMINAIRE

MICHEL FOUCAULT ET LES PRISONS

Mardi 15 décembre 2009

17h30 – 19h30

( relecture de ma thèse)

Discutant : M. Alain Cugno, professeur agrégé de philosophie, docteur d’Etat.

TEXTE EN LIGNE !

1° Michel Foucault et le Groupe d’Information sur les Prisons

1) Le Groupe d’Information sur les Prisons

a) Qu’est-ce que le GIP ?

– un collectif anonyme, pluriel, polymorphe et hétéroclite

– un lieu de réunion

–> un nouveau type de mobilisation : une mobilisation horizontale faisant fonctionner la transversalité des savoirs

b) Quels sont les objectifs du GIP ?

– dire l’intolérable du quotidien

– dire l’intolérable au-delà du pénitentiaire

–> un principe d’information instruit d’un travail critique

c) Quelles sont les modalités d’action du GIP ?

– les enquêtes-intolérances : un savoir collectif et un nouveau discours sur la prison

–> un principe de diffusion qui met en lumière un travail de rupture

2) Les mutineries de l’hiver 1970-1971

a) Toul, 5-13 décembre 1970

b) Nancy, janvier 1971

c) Melun, janvier 1971

–> face à cette nouvelle situation, le GIP doit agir différemment

3) La modification du travail du GIP

a) Relayer les revendications des prisonniers durant les mutineries

b) Collaboration avec les avocats (proçès des 6 mutins de Nancy)

c) Les suicides DE prison

–> auto-dissolution du GIP au profit du Comité d’Action des Prisonniers (C.A.P.) fondé par Serge Livrozet, ancien détenu de la Centrale de Melun (les archives de ce comité se trouvent à la BDIC de Nanterre)

2° Une nouvelle manière de vivre et de penser le rapport entre la théorie et la pratique

Si Surveiller et punir n’est pas une exploration du quotidien de la détention des années 70, à sa lecture on ne peut oublier l’actualité de sa publication.

1) un nouveau rapport théorie/pratique

– une nouvelle manière de vivre ce rapport, des moyens de lutte spécifiques : « l’indignité de parler pour les autres »

– une nouvelle manière de penser ce rapport : les micro-pouvoirs, les ripostes locales

2) l’intellectuel spécifique

– une nouvelle figure en rupture avec l’écrivain, le porte-parole et l’intellectuel universel (figure incarnée par J.P. Sartre)

3) Quelles interférences entre le GIP et Surveiller et punir

– la fabrication de la délinquance et sa spécification

– la méfiance des ouvriers à l’égard des prisonniers

– la critique du réformisme

–> articuler les investigations philosophique et politique de Michel Foucault autour d’une même attitude, celle de « l’indocilité réfléchie » qui consiste à ne pas accepter ce qui va de soi…

—> Relecture de ma thèse dans le cadre du Séminaire « Enfermements, Justice et Libertés dans les sociétés contemporaines » organisé par Pierre Victor Tournier – Université Paris 1. Centre d’histoire sociale du 20ème siècle : texte en ligne /version plus courte

—> lieu : CHS 20ème siècle, 9 rue Malher, Paris 4ème, métro Saint-Paul (6ème étage)

Michel Foucault et le Groupe d’Information sur les Prisons

  1. Le Groupe d’Information sur les Prisons

    a) Qu’est-ce que le GIP ?

    – un collectif anonyme, pluriel, polymorphe et hétéroclite

    – un lieu de réunion

–> un nouveau type de mobilisation : une mobilisation horizontale faisant fonctionner la transversalité des savoirs

    b) Quels sont les objectifs du GIP ?

    – dire l’intolérable du quotidien

    – dire l’intolérable au-delà du pénitentiaire

–> un principe d’information instruit d’un travail critique

    c) Quelles sont les modalités d’action du GIP ?

    – les enquêtes-intolérances : un savoir collectif et un nouveau discours sur la prison

–> un principe de diffusion qui met en lumière un travail de rupture

  1. Les mutineries de l’hiver 1970-1971

    a) Toul, 5-13 décembre 1970

    b) Nancy, janvier 1971

    c) Melun, janvier 1971

–> face à cette nouvelle situation, le GIP doit agir différemment

  1. La modification du travail du GIP

    a) Relayer les revendications des prisonniers durant les mutineries

    b) Collaboration avec les avocats (proçès des 6 mutins de Nancy)

    c) Les suicides DE prison

–> auto-dissolution du GIP au profit du Comité d’Action des Prisonniers (C.A.P.) fondé par Serge Livrozet, ancien détenu de la Centrale de Melun (les archives de ce comité se trouvent à la BDIC de Nanterre)

ÉVÉNEMENT

LA BIOPOLITIQUE OUTRE ATLANTIQUE APRÈS FOUCAULT

COLLOQUE INTERNATIONAL

LES 13 et 14 MAI à OTTAWA, CANADA

dans le cadre du 77ème Congrès de l’ACFAS

foucaulta42

Au côté du disciplinaire, Foucault décrit une nouvelle forme de pouvoir qui ne prend plus pour objet les corps, mais la vie elle-même. Il conceptualise progressivement, dans une dynamique d’enseignement, les notions de biopolitique et de biopouvoir.

Les cours de 1976 « Il faut défendre la société » ouvrent cette réflexion en distinguant le pouvoir disciplinaire du biopouvoir, deux stratégies de pouvoir bien spécifiques qui s’enchevêtrent pourtant. En 1978 et 1979, Foucault interrogeait les formes de gouvernementalité libérale et problématisait ainsi « la naissance de la biopolitique ». Du biopouvoir à la biopolitique, Foucault nous montre comment le « vivant » (et la « vie » elle-même) est devenu un nouveau terrain de lutte pour le pouvoir et pour les résistances qui lui sont immanentes.

Plusieurs questions se posent à nous : Comment Foucault en est-il venu à infléchir le concept de biopolitique ? Quelle importance revêtent les notions soi-disant « secondaires » de risque, de prévention et de population ? Et bien sûr, quelle est la fécondité du concept foucaldien de biopolitique pour nous aujourd’hui ? Quelle est sa pertinence et son utilité ? Quels en sont ses usages et actualités ?

L’ensemble des interventions relatives à ces questions seront diffusées par la web radio de France culture et nous espérons que, sous forme de dossiers thématiques, les travaux des jeunes chercheurs présents dans ce colloque pourront être publiés dans les Foucault Studies et dans Cultures et Conflits. Notre colloque a reçu le soutien du Centre Michel Foucault.

Comme vous l’aurez peut-être remarqué, l’activité de ce site a été un peu ralenti ces derniers temps. En voilà l’explication : la dernière ligne droite dans l’organisation de ce colloque outre atlantique.

David Risse de l’Université Laval et moi-même avons monté ce projet depuis plus de 6 mois. Mercredi 13 et jeudi 14, le colloque va pouvoir avoir lieu.

Il me sera difficile, pendant quelques temps, d’alimenter ce site. J’en suis désolée au regard de l’actualité et de l’attitude du Ministre Besson. Vous pouvez lire à ce propos les billets réguliers, informés et pertinents du blog Combats des droits de l’homme ou du blog de Maître Eolas… entre autres…

Pendant ce temps, il sera pour moi question de biopolitique… Nous ne sommes guère loin…

Le concept de biopolitique reste d’une étonnante actualité. Le libéralisme et le racisme d’état sont effectivement des problématiques ancrées dans nos sociétés sécuritaires.

Comment ce concept de biopolitique est-il aujourd’hui abordé en France, pays natal de Michel Foucault ? Connaissant la « résistance française » au terme même de libéralisme, il est intéressant d’étudier la réception française de la notion de « biopolitique ». Plus encore, il est essentiel de comparer cette vision avec l’approche pragmatique nord-américaine. Voilà pourquoi nous avons souhaité ce colloque OUTRE ATLANTIQUE.

Comme le titre le suggère. Nous avons souhaité nous donner deux objectifs :

D’une part, cette rencontre souhaite contribuer à apporter une lecture théorico-critique du concept de biopolitique chez Foucault. Seront donc réfléchi bien évidemment les concepts de biopouvoir, de discipline, de souveraineté également. Seront abordés aussi des concepts dits transversaux, comme ceux de « population », de « danger », de « risque », de « précaution », etc.

Notre premier objectif sera donc de réfléchir et de questionner les écrits et les enseignements de Michel Foucault concernant ce concept difficile qu’est la BIOPOLITIQUE.

Nous le ferons essentiellement durant notre première journée.

D’autre part donc, et ce sera l’objectif de notre seconde journée, nous ouvrirons le débat sur NOTRE actualité. Nous questionnerons ce concept en lui-même, en nous affranchissant des sphères de réflexion foucaldienne pour interroger des problématiques spécifiquement contemporaines. Car si La Naissance de la Biopolitique est un cours que Foucault donna au Collège de France en 1979, si en 30 ans de nombreuses interrogations ne sont pas résolues et que les mêmes obstacles semblent toujours nous faire front, les choses ont pourtant largement changé, le monde fluide d’aujourd’hui n’est pas celui d’hier.

Il nous faudra voir comment trente ans après, il est possible d’utiliser ce concept face à notre société multi-sécuritaire ; comment il est possible d’agir et d’interagir avec ce monde mouvant…

En voici le programme :

MERCREDI 13 MAI

MATINÉE

L’émergence des concepts de biopouvoir et de biopolitique chez Foucault

Présidence, Louise BLAIS

8h30 – 9h00 : ACCUEIL et Mot de BIENVENUE

9h00 – 9h35 : Alexandre MACMILLAN (Université de Montréal, Canada)

“Pouvoir souverain et pouvoir sur la vie : Continuité et rupture dans l’histoire des relations de pouvoir chez Foucault”

9h35 – 10h10 : Julian VIGO (Université de Montréal, Canada)

“Le biopouvoir:  La biométrie et les disparus des États-Unis”

Pause : collation

10h25 – 11h00 : Stéphanie B. MARTENS (University of Alberta, Canada)

“Le concept de biopolitique chez Foucault : entre souveraineté et gouvernementalité”

11h00 – 11h35 : Karlis RACEVSKIS (Ohio State University, États-Unis)

“La fin de l’homme et de l’exception humaine”

11h35 – 12h10 : Julie MAZALEIGUE (Université de Picardie, France)

“Le corps sexuel, entre discipline et biopouvoir. Une lecture critique du « dispositif de sexualité »”

Pause midi : dîner

APRÈS-MIDI

Des concepts transversaux à la biopolitique

Présidence, Julie MAZALEIGUE

14h00 – 14h35 : Hervé OULC’HEN (Université Montaigne Bordeaux 3, France)

“ »De l’espèce au public » : la population, émergence d’un concept technologique”

14h35 – 15h10 : Luca PALTRINIERI (Triangle, ENS-LSH, Lyon, France)

“L’émergence du concept de population au XVIIIe siècle: Mirabeau, Quesnay, Moheau”

15h10 – 15h45 : Razvan AMIRONESEI (Université Laval, Canada)

“Qu’est-ce que les événements biopolitiques selon Foucault?”

Pause : collation

16h00 – 16h35 : Lawrence OLIVIER (UQAM, Canada)

“La biopolitique pour la pensée politique aujourd’hui”

16h35 – 17h10 : Louise BLAIS (Université d’Ottawa, Canada)

“Biopolitique et désubjectivation”

17h10-17h15 : SYNTHÈSE

JEUDI 14 MAI :

MATINÉE

Après Foucault, quelle actualité de la biopolitique ?

Présidence, David RISSE

9h00 – 09h35 : Fabrice DUCLOS (Université Paris-4, France)

“Gouvernementalité et contrôle des corps : pour une biopolitique de la pharmaceutique”

09h35 – 10h10 : Carole CLAVIER (Université de Montréal, Canada)

“Biopolitique et santé publique. Réflexion sur les usages du concept à partir d’une analyse de politiques locales de santé publique”

10h10 – 10h45 : Olivier RAZAC (ENAP, France)

“Il faut éviter les morts prématurées”

Pause : collation

11h00 – 11h35 : Tony FERRI (Université Paris-8, France)

“La biopolitique et le P.S.E.”

11h35 – 12h10 : Thomas FOTH (Université d’Ottawa, Canada)

“Gestion  biopolitique d’une population captive : analyse critique des soins infirmiers en milieux de psychiatrie légale”.

12h10- 12h15 : SYNTHÈSE

Pause midi : dîner

APRÈS-MIDI

Quelle pertinence accorder à cette actualité ?

Présidence, Carole CLAVIER

14h00 – 14h35 : Paul LE BAS (Université de Montréal, Canada)

“Biopolitique et gens du voyage”

14h35 – 15h10 : Arona MOREAU ((IEDES, Université Paris-1, France)

“Foucault et le renouveau de la pensée politique”

Pause : collation

15h30 – 17h00: TABLE RONDE : Usages et actualités de la biopolitique

Animation, Audrey KIÉFER, David RISSE

Question 1 : Dans quelle mesure le concept Foucaldien de biopolitique est-il d’actualité ?

Question 2 : En quoi et pourquoi peut-il nous être utile pour penser notre monde contemporain ?

17h00 – 17h20 : SYNTHÈSE et DISCOURS DE CLÔTURE

Pause : 17h20-17h45

17h45 – 19h30 : COCKTAIL et présentation par l’auteur Arona Moreau de son ouvrage Le Biosiècle. Bioéconomie, Biopolitique. Biocentrisme, l’Harmattan, 2009.

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—> Télécharger l’affiche (merci à É. Démaret).

—> Télécharger le programme.

—> Télécharger le dossier « colloque ».

PUBLICATION (THÈSE)

MICHEL FOUCAULT : LE GIP, L’HISTOIRE ET L’ACTION

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RÉSUMÉ :

Le premier texte de Michel Foucault sur la prison est un texte militant : il s’agit du Manifeste annonçant, le 8 février 1971, la création d’un Groupe d’Information sur les Prisons. L’objectif de ce collectif est de donner la parole aux prisonniers de droit commun. En 1975, Foucault publie Surveiller et punir. Naissance de la prison. L’objectif de ce livre est de construire une « généalogie de l’actuel complexe scientifico-judiciaire ». À sa lecture, nous sommes surpris de voir une telle prégnance de l’actualité : il est impossible d’oublier l’expérience du GIP. Quelles relations peut-on établir entre ces deux investigations ? Quels liens cette histoire de la prison et l’actualité des problèmes liés au système carcéral entretiennent-elles ?

Dans cette thèse, nous montrons que ce diagnostic porté sur les prisons et leur histoire relève d’une résistance « par logique ». Il exprime également un acte de courage qui, face au pouvoir de normalisation et d’individualisation « descendante », devient un art de l’ « inservitude volontaire ». Autrement dit : les actions de Foucault au sein du GIP, comme ses recherches historico-philosophiques sur la pénalité, participent de cet êthos selon lequel « contredire est un devoir ».

SOMMAIRE :

MICHEL FOUCAULT : LE GIP, L’HISTOIRE ET L’ACTION

—> Télécharger l’intégralité

PRÉFACE (© Tous droits réservés) de René Schérer : « combat contre l’intolérable »

INTRODUCTION

CHAPITRE 1 : État des lieux des années 50-60.
1° La réforme Amor
2° Débats
3° Mutineries

CHAPITRE 2 : Le Groupe d’Information sur les Prisons.
1° Le GIP, Groupe d’Information sur les Prisons
2° Les mutineries de l’hiver 1971-1972
3° Le GIP, de fait, modifie son action

CHAPITRE 3 : Surveiller et punir.
1° Une pratique historico-philosophique
2°Polémiques
3° Une généalogie du pouvoir disciplinaire

CHAPITRE 4 : L’histoire et l’action.
1° Un nouveau rapport entre la théorie et la pratique
2° Le présent et l’actualité
3° « Contredire est un devoir »

CONCLUSION

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
INDEX
TABLE DES MATIÈRES

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En espérant que cette thèse, faite avec rigueur et conviction, serve à d’autres ;

En espérant qu’elle puisse intéresser des étudiants, des chercheurs, des praticiens ou tout autre public ;

En espérant simplement aussi faire connaître ce sujet passionnant…

Aussi, je voudrais ici remercier René Schérer, ce chercheur et militant sans compromis, pour sa magnifique  et généreuse préface. Avec toute mon admiration et toute ma  reconnaissance, encore merci.

Enfin, je voudrais à ce propos vous conseiller la lecture de ses ouvrages et particulièrement ceux, bien sûr, dont la réflexion porte sur l’hospitalité ; l’HOSPITALITÉ dont l’éloge est aujourd’hui nécessaire .

Je vous invite donc en premier lieu à lire Hospitalités aux éditions Anthropos, publié en 2004. Ce livre rassemble plusieurs textes consacrés à ce thème par René Schérer depuis 1993, depuis la parution de Zeus hospitalier.

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L’hospitalité consiste essentiellement dans le rapport à l’autre qu’elle introduit. Recevoir, accueillir, reconnaître en l’autre son semblable et, de plus, apprécier sa présence, son contact, comme un apport et un enrichissement, non  comme une gêne fait passer du plan d’une conception qui valorise « le même », l’identité au détriment de tout ce qui est étranger, au plan d’une philosophie qui attache une plus grande valeur à l’autre, au respect des différences. Il y a, aujourd’hui, très souvent combat entre ces deux attitudes d’esprit, et il est clair qu’un problème social, un « cas » ne sera pas abordé de même manière si l’on adopte pour traiter l’une ou l’autre attitude : celle qui tend à limiter l’accès à l’étranger, y voyant un intrus, un parasite, et celle qui voit en sa présence une source d’enrichissement collectif.

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Nous reviendrons sur les travaux riches et inventifs de ce philosophe dans un prochain billet.

—> Différents papiers de ce blog sont tirés de cette thèse : une histoire du Groupe d’information sur les Prisons, Comment lire Surveiller et punir ?, Le fabrication de l’individu.

—> Et il y aura sans doute dans le futur d’autres extraits, d’autres articles tirés de ma thèse… l’article étant plus approprié à la forme « blogistique ».


PUBLICATION

COMMENT LIRE SURVEILLER ET PUNIR AUJOURD’HUI ?

surveiller et punir, 1975

Tout d’abord, il est important de préciser qu’il n’y a pas une seule lecture de Surveiller et punir. Tout ouvrage peut être lu et interprété différemment. Surveiller et punir comme les autres et bien plus qu’un certain nombre…

Surveiller et punir est un livre difficile à cataloguer : Est-ce une étude philosophique ou un livre d’histoire ? Est-ce une analyse des 18ème et 19ème siècles ou un diagnostic de la société des années 1970, date de publication de l’ouvrage ? Difficile à dire…

Quelles lectures allons-nous proposer aujourd’hui ?
Tout d’abord, il est important de lire Surveiller et punir comme ce qu’il est au premier abord à savoir, une histoire de la naissance de la prison ou encore comme l’histoire d’une mutation, qui s’est produite aux 18ème et 19ème siècle, celle de la punition à la surveillance.

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Mais si Surveiller et punir est une histoire parmi d’autres, elle n’est pas vraiment une histoire comme les autres. D’une part, c’est une histoire historiquement datée, publiée en 1975, dans un contexte particulier. (voir à ce propos nos précédents papiers sur l’histoire du GIP) En effet, de nombreuses révoltes ont lieu dans les prisons françaises, durant l’hiver 1971-1972 puis pendant l’été 1974. D’autre part, Surveiller et punir est construit selon une méthodologie bien particulière : par exemple, pour démontrer sa thèse, Foucault n’hésite pas à choisir délibérément ses documents. Enfin, Surveiller et punir n’est pas une simple histoire de la naissance de la prison : au delà, elle est une généalogie du pouvoir disciplinaire.

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Ensuite, il sera essentiel de proposer une dernière lecture, une lecture « d’usager », c’est-à-dire lire Surveiller et punir comme un outil à penser, à penser autrement et à penser autre chose. Il suffit d’ailleurs d’évoquer la dernière phrase de Surveiller et punir.

J’interromps ici ce livre qui doit servir d’arrière-plan historique à diverses études sur le pouvoir de normalisation et la formation du savoir dans la société moderne.

Par exemple, Surveiller et punir a permis, par ses exigences méthodologiques, de penser différemment l’histoire. Selon les témoignages de Michèle Perrot ou d’Arlette Farge par exemple, ou plus récemment de Philippe Artières, Foucault semble avoir ouvert la voie pour une nouvelle grille de lecture historique de la prison et de l’univers carcéral.

[…LIRE LA SUITE…]

—> Ce papier est tiré de la présentation que j’ai faite lors du séminaire organisé par Alain Brossat à la Msh-Paris Nord sur les « Usages et pratiques de Foucault » (séance du 11 décembre 2008 en compagnie d’Olivier Milhaud, géographe ; je ne présente ici que mes propos).

—> Vous pouvez télécharger l’intégralité de cet article.

PUBLICATION

LE GROUPE D’INFORMATION SUR LES PRISONS, UN NOUVEL AGIR POLITIQUE (4)

Après un troisième volet sur les objectifs du GIP, voici le quatrième et dernier billet concernant la présentation de ce groupe d’INFORMATION :

(4)

QUELLES SONT LES MODALITÉS D’ACTION DU GROUPE D’INFORMATION SUR LES PRISONS ?

Pour atteindre son objectif, le GIP doit transmettre au plus grand nombre le travail critique qu’il entreprend pour dire l’intolérable. Le GIP double donc son principe premier d’information d’un principe de diffusion.

Le GIP utilise de nombreux moyens traditionnels : les tracts, les réunions, les meetings, les communications internes mais aussi et surtout, les « enquêtes intolérance ».

La modalité de l’enquête n’est pas en soi une investigation novatrice.

À partir de 1819, avec la création de la Société Royale pour l’amélioration des Prisons, les enquêtes se généralisent. Grâce à elles, paraissent les premières statistiques. Les enquêtes-intolérances menées par le GIP sont d’un tout autre ordre. Elles s’inscrivent dans un projet d’investigation et d’information qui ne visent pas à établir des statistiques, des courbes ou des tableaux. Elles ne sont pas non plus, précise Foucault, des enquêtes de sociologues : elles ne proviennent pas de spécialistes extérieurs. Elles sont réalisées par les personnes concernées par le sujet même de l’enquête.

En réalité, elles sont inspirées de celles faites sur la condition ouvrière par les ouvriers eux-mêmes au début du XIXème siècle (un des fondements de la pratique politique et syndicale du prolétariat au XIXème / une grande part de la documentation de Marx). Les enquêtes du GIP vont également suivre de près celles produites par les maoïstes de l’après 68 en France au sein des usines. Les maos s’inspirant eux-mêmes du travail accompli par les ouvriers au XIXème. Le premier questionnaire du GIP est d’ailleurs rédigé, avec l’aide d’anciens détenus, par des militants maoïstes qui pratiquaient déjà l’enquête à l’entrée des usines.

Si la modalité de l’enquête par les concernés n’est donc pas nouvelle, de telles investigations n’ont pas encore été entreprises au sein des prisons.

Et ce qui fait l’originalité du travail du GIP est la mobilisation des familles de détenus, extérieures à la prison et directement concernées par elle. Les questionnaires sont en effet diffusés clandestinement par les familles lors des visites afin que les détenus les remplissent ou leur transmettent par oral l’information. Les familles de détenus constituent en ce sens une force considérable.

L’introduction de la première publication du GIP précise les caractéristiques de l’enquête-intolérance, elles sont au nombre de 4 :

  • chacune doit être un acte politique
  • chacune doit être le premier épisode d’une lutte
  • chacune doit, en un point stratégiquement important, constituer un front, et un front d’attaque
  • chacune doit être, pour les prisonniers, le support pour « prendre en charge la lutte qui empêchera l’oppression de s’exercer »

Introduction à la première brochure, Intolérable 1 : enquête dans 20 prisons.
(texte attribué à Foucault, Dits et écrits, texte n°91)

Nous pouvons voir dans ces quatre caractéristiques deux orientations fondamentales du travail du GIP : d’une part, la volonté de constituer un savoir collectif et, d’autre part, celle de faire émerger un nouveau discours sur la prison.

Premièrement donc : Si le GIP est un groupe qui cherche et diffuse des informations, il est avant tout un groupe qui les relaie. Qui connait mieux la prison que les prisonniers eux-mêmes ? Le GIP montre qu’une théorie de la prison élaborée par les prisonniers eux-mêmes est possible. Il faut simplement le support pour l’exprimer et c’est le rôle que le GIP souhaite remplir. Le groupe ne veut être qu’un instrument de diffusion et en aucun cas, un porte parole au nom des prisonniers. Les enquêteurs ici sont les enquêtés eux-mêmes. Les publications du GIP, comme support, doivent permettre de rassembler et d’organiser des indignations et des revendications individuelles jusqu’ici informulées. Elles doivent permettre de donner aux détenus des différentes prisons le moyen de prendre la parole au même moment. Il s’agit donc de rassembler des expériences individuelles pour les transformer en une force politique, en un savoir collectif, un savoir politique.

Deuxièmement : Le GIP va ainsi permettre un nouveau discours sur la prison. En effet, la manière dont le GIP transmet l’information, en donnant la parole aux détenus, dérange la distribution bien réglée dans l’ordre des discours : c’est une lutte incontestable contre le pouvoir. Le discours du GIP n’est pas celui de la criminologie, ni celui de la science pénitentiaire. C’est la parole des intéressés, non un discours normalisé par les instances du pouvoir. C’est le discours du quotidien, sans interprétation et sans trop de commentaires. Le GIP combat ainsi l’idée selon laquelle le discours sur la prison doit nécessairement être produit par des « spécialistes ». Le GIP veut donc supprimer l’intermédiaire imposé par la hiérarchie du langage institutionnalisé. Il s’engage alors dans un travail de rupture : rupture dans l’ordre du pouvoir et rupture dans l’ordre du savoir (au principe de diffusion s’ajoute donc un travail de rupture).
Pour exemple, il est volontiers admis qu’un prisonniers se raconte, décrive son expérience de la détention. En revanche, il est difficilement accepté qu’un détenu puisse penser la loi, le droit et le pouvoir.
Cette procédure de l’écriture réglée par les mécanismes du pouvoir permet de spécifier chaque discours, de plonger l’opinion dans l’ignorance de la réalité carcérale et d’imposer ainsi un schéma de pensée. Le GIP refuse de servir ainsi le pouvoir. Au delà du simple témoignage, les prisonniers donnent leur « théorie » de la prison et non pas, comme les autorités le font, une théorie sur la délinquance.

L’enquête intolérance est donc d’une importance considérable. Elle est un acte de résistance et, avec elle, la prison apparaît comme un enjeu politique car surgit dans le champ discursif une parole jusqu’ici rejetée.

—> La pratique du GIP s’établit donc sur deux fondements : un principe d’information nourri d’un travail critique et un principe de diffusion qui met en lumière un travail de rupture.

Le GIP est un groupe où les témoignages et les réflexions s’instruisent mutuellement pour constituer un savoir nouveau : celui des intéressés. La parole des prisonniers est exigence et condition même d’existence du GIP.

Malgré les actions du GIP, les prisonniers ne semblent pas écoutés et d’importantes mutineries vont avoir lieu dans les prisons françaises. Nous en parlerons dans un prochain billet…

Supplément à La Cause du peuple-J’accuse du 19 janvier 1972.

—> Les archives du GIP se trouvent à l’Abbaye des Ardennes et une grande partie dans le formidable livre de Philippe Artières, Laurent Quéro et Michelle Zancarini-Fournel :