PUBLICATION

LA FABRICATION DE L’INDIVIDU

En novembre 2006, j’ai eu l’occasion d’organiser une journée d’étude sur « Michel Foucault et la psychiatrie » au Centre hospitalier Philippe Pinel d’Amiens grâce au soutien de mon équipe doctorale et à l’ICSMP.

Le public de cette journée était composé de quelques étudiants mais surtout de praticiens. Cette rencontre a pu faire l’objet d’une publication.

Mon intervention portait sur la notion d’individu chez Foucault. Tâche loin d’être aisée car Foucault n’a pas véritablement défini précisément la notion d’individu. Il peut employer le terme « individu » et « sujet » comme des synonymes. Pourtant, j’aime à considérer deux moments chez Foucault… deux moments où nous arrivons à saisir un début de conceptualisation…

Dans Surveiller et punir où il écrit précisément :

L’individu est une réalité historique fabriquée par cette technologie spécifique de pouvoir qu’on appelle la « discipline ».

Et dans un cours au Collège de France sur Le pouvoir psychiatrique, celui du 21 novembre 1973, où il définit l’individu comme :

le résultat de [] toutes ces procédures qui épinglent le pouvoir politique sur le corps. C’est parce que le corps a été « subjectivisé », c’est-à-dire que la fonction-sujet s’est fixé sur lui, c’est parce qu’il a été psychologisé, parce qu’il a été normalisé ; c’est à cause de cela que quelque chose comme l’individu est apparu, à propos de quoi on peut parler, ou tenir des discours, [à propos de quoi] on peut essayer de fonder des sciences.

L’individu est donc bien une création disciplinaire, un sujet psychologisé.

Mon intérêt, en tout cas, s’est porté sur cela…

Voici le résumé de mon intervention ce jour là.

Dans Surveiller et Punir, l’objectif de Michel Foucault est sans ambiguïté : il s’agit de déceler une nouvelle « microphysique » du pouvoir, commune aux diverses institutions singulières.
Cet article prendra pour point de départ la réforme Amor (1945). Cet exemple permettra d’illustrer le jeu de relations qui s’établit entre le pénal et le médical. Mais pour comprendre précisément ce mécanisme, nous analyserons le pouvoir disciplinaire comme pouvoir d’individualisation, avec, à l’esprit, une définition précise : l’individu chez Foucault ne fait pas référence au schéma habituel qui oppose l’individu à la collectivité. L’individu n’est pas plus un citoyen qui se serait forgé une identité au sein de la société. L’individu est une production historique. Il est certes une réalité mais inventée par la discipline.

—> vous pouvez aussi télécharger l’article dans son intégralité.