RAPPORT

Le 10 septembre est la journée mondiale de prévention du suicide. Nous l’avons déjà signalé dans un précédent billet : en prison, le taux de suicide est environ 7 fois plus élevé que dans la société du dehors.

N’est-ce pas à mettre en relation avec la violence de l’incarcération, la détention avant jugement, les conditions déplorables de détention, etc. ?

Arrêtons-nous sur une étude qui vient de s’achever sous la direction d’Evry Archer, chef de service du Service Médico-Psychologique Régional de Lille-Loos-Sequedin, sur l’évaluation de la souffrance psychique liée à la détention.

Cette étude a été réalisée à la Maison d’arrêt de Lille (sur le site de Loos et sur celui de Sequedin). La souffrance psychique est d’ailleurs très variable d’un lieu de détention à un autre (voir le rapport, pages 58 et suivantes). Ces recherches ont été menées durant 2 années (de janvier 2006 à mars 2008) sur un échantillon de 309 hommes majeurs qui refusent le motif de l’incarcération (ce qui correspond à 9,6% de la totalité des personnes vues par le SMPR à l’arrivée en détention).

Cette étude a été conduite pour déterminer les indices de souffrances psychique liée à la détention et à leur évolution durant la détention, par exemple pendant et après le « choc carcéral » (estimé à 20 jours).

Si le rapport conclut en affirmant la difficulté de conclure, nous pouvons donner quelques traits généraux.

Il est intéressant par exemple de noter que si l’intensité de la souffrance des personnes diminue au fur et à mesure de l’incarcération (pages 109 et suivantes), elle n’est pas en relation évidente avec le motif de l’incarcération (pages 131 et suivantes). En revanche, elle est directement liée à l’intensité de souffrance de l’entourage (pages 119 et suivantes).

Pour vous donner envie de lire plus en détail le rapport, voici reproduit ci-dessous un extrait sur « les facteurs atténuants et aggravants » de la souffrance psychique liée à la détention.

1. Conditions matérielles de détention

a. Facteurs atténuants

i . la douche dans la cellule

ii. les toilettes séparées

b. Facteurs aggravants

i . l’insalubrité

ii. l’enfermement 22 heures sur 24

iii. l’inactivité

iv. le bruit

v. le manque d’hygiène

2. Conditions « humaines de détention »

a. Facteurs atténuants

i . le rôle social dans la prison

ii. plus de liberté à Loos qu’à Sequedin

iii. aider les autres

iv. l’écoute par les soignants

v. la bonne entente avec le codétenu de cellule

vi . les promenades

vii. les rapports avec les surveillants

b. Facteurs aggravants

i . le manque de soutien social

ii. la perception négative du fonctionnement pénitentiaire

iii. le fait de ne pas vouloir être en contact avec les autres détenus

iv. la relation dominant/dominé-surveillant/détenu abusive

v. le sentiment d’indignité, d’humiliation

vi . les promenades qui peuvent être traumatisantes

vii. la confrontation quotidienne au monde de la délinquance

viii. la mauvaise entente avec le codétenu

ix. le racket

x. le regard péjoratif des détenus par rapport au motif de l’incarcération

3. Liens avec l’entourage extérieur

a. Facteurs atténuants

i . les courriers, les photos

ii. le support social ; familial, amical

iii. les parloirs

b. Facteurs aggravants

i . pas de nouvelles de l’extérieur

ii. le manque de soutien social

iii. ne pas pouvoir voir ses enfants

iv. la situation économique et sociale de l’entourage

v. le blocage des parloirs, du courrier par le juge

vi . la couverture médiatique

vii. l’idée de voir sa famille au parloir, dans les murs d’une prison

viii. la difficulté à expliquer la situation aux enfants

4. Activités

a. Facteurs atténuants

i . l’école

ii. l’atelier lecture quand celui là est accessible

iii. le sport, les activités

iv. les promenades

b. Facteurs aggravants

i . le manque d’accessibilité aux activités, au sport et la différence de traitement selon les détenus

5. Situation et évolution de l’affaire en justice

a. Facteurs atténuants

i . quand la justice commence à croire la version du sujet

ii. la date de sortie définie

b. Facteurs aggravants

i . la pression de la justice sur la famille

ii. pas de nouvelles de l’avocat, de la justice

iii. l’impression d’être oublié de la société

iv. la lenteur de la justice

v. le refus de permission

vi . le manque d’information de la justice, de l’administration pénitentiaire

vii. l’appel

viii. l’impossibilité d’être transféré en maison d’arrêt

ix. l’attente par rapport à la date de sortie

x. le blocage des parloirs, du courrier par le juge

xi . la couverture médiatique

6. Capacité /Difficulté à mobiliser des ressources personnelles

a. Facteurs atténuants

i . l’écriture

ii. l’évitement grâce aux pensées

iii. la religion

b. Facteurs aggravants

i . le fait de ne pas pouvoir assurer son rôle social (être parent, être

salarié, être un mari…)

ii. la culpabilité par rapport à la famille

iii. le changement de rythme par rapport à la vie à l’extérieur

iv. l’anticipation anxieuse de porter l’étiquette de « détenu » pour se réinsérer dans la société

v. le sentiment d’inutilité

7. Peur de la perte d’intégrité physique et psychique

a. Facteurs atténuants

i . le suivi effectif médico-psycho-social

b. Facteurs aggravants

i . la crainte pour la santé, la maladie

ii. la souffrance voire la mort d’un codétenu

iii. l’angoisse de l’inconnu chez le primo- incarcéré

iv. l’anticipation négative chez le re-écroué

v. l’impossibilité de se projeter dans l’avenir

vi . la douleur physique

vii. l’attente d’un suivi médico-psycho-social

Si cette étude semble parfois mettre en évidence des scandales dénoncés depuis bien longtemps, elle a à mon sens un indéniable mérite : celui de s’attacher non plus seulement aux conditions matérielles de détention mais aussi au ressenti des détenus. De même, il ne s’agit pas ici de traiter des troubles psychologiques des entrants en prison mais bien de la souffrance psychique que provoquent l’incarcération et la détention.

—> Pour télécharger l’intégralité de ce rapport ou la synthèse.